La presse l’a plus d’une fois annoncé, parfois à grand renfort de manchettes à sensation : nos noms de famille s’éteignent, notre « corpus patronymique » se réduit comme peau de chagrin, et il arrivera un jour où tous les Français s’appelleront Martin, autrement dit, où il ne restera plus, en France, que quelques centaines de patronymes, ceux actuellement les plus répandus, et dont les rangs évidemment ne cessent quant à eux d’augmenter, Martin en tête… (cf Palmarès). C’est totalement faux…
La source de cette contre-vérité est toujours la même : l’enquête qu’avait commencé à mener un polytechnicien à la retraite, Michel Tesnière, au cours des années 70, et qu’il n’a pas pu mener à son terme.

Pour s’être livré à des comptages divers et variés dans les annuaires téléphoniques de cette époque, notre homme s’était interrogé sur ces questions et avait présenté un rapport à la Société d’Onomastique, à partir de ses premiers résultats d’enquête.
C’est à ce texte que se reportent les articles alarmistes, négligeant tous de rechercher les analyses postérieures, nettement moins sensationnelles, puisque niant sans ambages qu’il y ait péril en la demeure. Si bien sûr des noms de famille s’éteignent, le phénomène n’atteint nullement cette ampleur. L’enquête en question, datant de vingt-neuf ans, est en fait totalement dépassée.
Outre le fait que son auteur n’était nullement spécialiste de la question, - alors que ceux qui travaillèrent après lui sur le sujet étaient ici incontestables -, son matériau de travail, - l’annuaire téléphonique du début des années 70 -, laisse lui-même profondément à désirer, en ce qu’il date d’une époque où la démocratisation du téléphone n’était pas terminée.
Mais ce qui a achevé de rendre ces débuts de conclusion totalement obsolètes a été la diffusion des fichiers d’identité de l’I.N.S.E.E., à partir desquels des spécialistes, démographes et statisticiens, comme le Pr Dupâquier, membre de l’Institut, et l’informaticien Jean-Pierre Pélissier, ont repris le dossier, pour conclure unanimement que seuls les noms portés par moins de dix foyers couraient vraiment des risques d’extinction, tout en démontrant que ces noms rares n’étaient, dans leur immense majorité, que des variantes d’autres noms plus fréquents, ne courant quant à eux aucun risque.