La généalogie : pourquoi cet engouement ?

Le « phénomène généalogique » observable en France depuis ces dernières années et particulièrement important reste encore très peu étudié par sociologues et psychosociologues.

Seul un universitaire toulousain, Patrice Cabanel, y a consacré une étude en 1994, dans laquelle il s’est efforcé de travailler sur l’histoire de ce phénomène et d’en étudier les causes qui, s’ajoutant aux atouts de la généalogie peuvent expliquer son ampleur. Il a alors avancé plusieurs explications :

  • conjoncturelles : avec la réunion de plusieurs facteurs, qui l’ont inscrit à la fois dans la mouvance de mai 68 et de la mode du régionalisme, à la fin des « Trente Glorieuses » et dans les années de la crise pétrolière, à quoi se sont ajoutées les inquiétudes générées par l’approche du millénarisme (repli sur soi face à la crainte des effets pervers de la science, conduisant quelques uns à aller élever des chèvres sur le Larzac et d'autres à se contenter de retrouver leurs ancêtres qui les y élevaient),
  • psychologiques : avec un travail de deuil, de suture et de pansage, cela même qui fit dire à André Burguière que cette pratique de la généalogie était en fait la psychanalyse des pauvres et des modestes. Avec la recherche d’ancêtres dans leur immense majorité ruraux, la pratique généalogique est la quête de la « terre, domestique, charnelle, maternelle et privée », comme on a aussi, quelque part en toile de fond, le mythe du « paradis perdu ». Face à l’éclatement de la famille, le généalogiste incarnerait un pater familias réalisant un « travail de recollement et de pardon ». La généalogie serait ainsi un antidote à certaines des dérives et des peurs contemporaines.
  • sociologiques : la fragilisation de la famille et surtout l’impact et les conséquences de la Révolution  industrielle et de l’exode rural ont fait de cet engouement une « fièvre identitaire », réaction face à l’anonymat et à l’urbanisation, générateurs de sensations de déracinement. La pratique généalogique française, phénomène à la fois de génération et de société, est donc avant tout l’expression d’un profond besoin identitaire,

Attention : on ne saurait parler de « renaissance » : la Généalogie, telle q’elle était pratiquée avant ce temps de démocratisation, en ce qu’elle était réservée à une certaine élite, était de la part de celle-ci l’expression d’une revendication avant tout sociale et nullement identitaire.